Les transmissions durant la Grande Guerre

 

L’importance grandissante de la télégraphie militaire va déboucher sur la création en 1913 du 8ème Régiment du génie, issu lui-même du 24ème bataillon du 5ème Régiment du génie (créé le 14 juillet 1900).

Dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le lieutenant-colonel Ferrié reçoit les pleins pouvoirs pour utiliser la télégraphie sans fil. Se condé par une remarquable équipe de savants et d’ingénieurs, parmi lesquels Louis de Broglie, il porte la radiotélégraphie au premier rang des armements alliés, créant des appareils nouveaux et instaurant des modes d’exploitation toujours plus efficaces. Ainsi, les troupes françaises sont dotées de stations TSF mobiles. Il développe également des systèmes de repérage (radiogoniométrie) et d’écoute. Seule station de forte puissance capable de communiquer avec nos colonies, avec les alliés (en particulier les Russes), avec nos navires et les grands postes de commandement de l’armée, la tour Eiffel représente un enjeu stratégique considérable. Elle fait l’objet de mesures de protection spéciales et une station de secours est construite en urgence à Lyon.

La Grande Guerre est le premier conflit pendant lequel les télécommunications militaires prennent une telle ampleur et jouent un rôle aussi primordial dans le succès des combats. Sur le front, il s’agit de réaliser de toutes pièces un important réseau de câbles pour permettre les communications téléphoniques et télégraphiques entre le haut commandement et les unités en première ligne. Des milliers de kilomètres de lignes sont ainsi posés, hachés, réparés à travers les tranchées, souvent au prix du sang.

 

Durant cette guerre, la protection de l’information connait aussi des progrès significatifs : il s’agit d’empêcher l’ennemi de connaître nos intentions et d’identifier nos manoeuvres futures, et à l’inverse de chercher à connaître ce que prépare cet ennemi. Cette science de la protection de l’information, c’est la cryptologie, appelée aussi le chiffre. Dès le 12 août 1914, la carte des réseaux allemands a ainsi été reconstituée et le grand quartier général a connaissance de l’organigramme de l’armée adverse. Cet art de crypter et de décrypter l’information se développera tout au long de la guerre.

Le capitaine Painvin, qui fait partie du « cabinet noir », le service du chiffre, se révèle un véritable génie de l’analyse cryptographique. Il réussira notamment l’exploit de décrypter le 2 juin 1918 un message allemand chiffré et de la plus haute importance, annonçant la préparation d’une attaque ennemie. La connaissance de cette attaque déclenchée le 9 juin 1918 sur Compiègne permet alors l’organisation d’une contre-attaque de flanc par le général Mangin. Le fameux message décrypté reçoit le nom de « radiogramme de la victoire ».

L’action des sapeurs-télégraphistes, tireurs de lignes, radio ou chiffreurs, regroupés principalement au sein du 8ème Régiment du génie, aura été héroïque tout au long de ce conflit. Les sacrifices consentis ont été énormes. Les pertes du régiment sont de mille cinq cent tués à l’ennemi et de six mille blessés. Quinze mille citations individuelles ont été décernées.

Le 8ème Régiment de transmissions d’aujourd’hui, héritier du 8ème Régiment du génie et implanté à Suresnes près de Paris, sur le Mont Valérien, porte sur son drapeau la mémoire vive de ses combattants avec les inscriptions : Flandres 1915 – Verdun 1916 – La Somme 1916 – La Malmaison 1917.